Ce ne sont pas vraiment les qualités extrinsèques de ce film qui sont à déplorer.
Meryl Streep (alias Miranda Priestly) en patron-dragon joue plutôt bien.
Le rythme du film n'est pas mauvais non plus. On voit progressivement la jeune Andy Sachs (Anne Hathaway, récemment vue dans Brokeback Mountain), d'abord pleine d'idéaux, plonger dans les âbimes du monde démoniaque du journalisme de mode. Les personnages secondaires sont assez soignés (Emily, l'assistante principale, Nate, l'amoureux bouseux, Nate, le pote homo qui a du goût).
Seulement voilà, le film n'est pas bon, mais alors pas du tout.
On peut s'en étonner vu les qualités décrites plus haut?
La morale sous-jacente du film est tout bonnement insupportable.
Rapidement pour le pitch: Andy veut devenir journaliste et est prête à tout pour le devenir. Elle accepte donc un poste de sous-assistante de Miranda Priestly à la tête d'une très grande revue de mode alors même qu'elle est notoirement réputée pour sa froideur, ses exigences et sa rigidité.
Mais Andy, opiniatre, s'accroche en se fixant le challenge impossible de rester à tout prix.
Mais voilà, la petite vend son âme au diable et se met à porter du Prada. Elle finit même par ressembler à cette patronne si détestable.
Et là, le film dénonce certaines valeurs en les mettant en parallèle avec celles dont il fait l'apologie.
Le travail et l'ambition (et la mode?) nuisent à l'amour, à l'amitié, à la famille et aux idéaux. En gros, ils sont contraires aux bonnes moeurs.
Le film va jusqu'à opposer le copain (bouseux) cuistot sympa en jean basquettes avec un jeune écrivain branché, beau et plein d'avenir( mais qui en fait est très méchant).
Andy est blâmée pour avoir trop travaillé pour les méchants et avoir perdu de vue les fondamentaux.
A priori pourquoi pas?
Seulement le film est une simple peinture caricaturale du milieu de la mode et au lieu de soigner avec subtilité son propos, il s'engouffre dans des clichés bidons et manichéens.
Il finit certes par une petite touche d'espoir: l'esquisse de sourire sur les lèvres de la sévère Miranda Priestly quand elle voit partir la jeune Andy de son journal de mode pour embrasser la profession de journaliste d'opinions.
Le diable ne serait pas si méchant que ça et aurait même du coeur.
Mais même cette dernière image est "cliché".
Doit on rappeler au réalisateur David Frankel que l'Art est dans la subtilité et le raffinement?
Car il semble l'avoir oublié.

note de Julie : 08/20