Suivie par le poète intriguée par ce jeune homme, elle est démasquée. Commence alors la plus belle, la plus magique des idylles. La vie semble pourtant vouloir jouer contre eux. Car à cette époque lointaine ce qui séparait les jeunes gens c'était le rang social. Viola est promise à l'affreux Lord Wessex (Colin Firth) par son père pour d'obscures raisons d'argent. Et bien qu'elle soit moderne et ivre de liberté, elle ne peut contrer les choix paternels. Alors, le temps d'une pièce (le fameux Roméo et Juliette), les amants vont s'aimer. Viola inspirera le poète qui retrouvera sa verve et son génie. La pièce, miroir dramatique de l'histoire que ces derniers sont en train de vivre, est écrite progressivement et parallèlement. L'issue est certaine. Ils devront se séparer.
Le film se déroule comme un enchantement. Il résonne comme un air d'opéra italien. Il est fougueux comme le poète et la passion qui anime les amants.
La construction est étonnante: le temps d'une pièce sombre et fataliste, une histoire d'amour est vécue, simplement et légèrement. Pourtant le parallèle existe entre Roméo et Juliette d'une part et Shakespeare et Viola de l'autre. L'influence sociale sort vainqueur du combat contre l'amour. L'amour n'est pas tout puissant. On se marie par raison.
Cette comédie est donc à l'opposé de toutes celles qui nous sont servies habituellement: La passion amoureuse commence dès le début du film. Les héros se trouvent vite et ne cherchent ni à s'ignorer ni à gacher le temps. Car ce dernier leur est compté. Ils ne vieilliront pas ensemble. Et pourtant, leur histoire nous fait rêver.
Le réalisateur porte à l'écran la passion amoureuse avec beaucoup d'esthétisme et de sincérité. Les corps nus se mêlent avec pudeur.L'heure n'est pas à la gravité car nos héros ont décidé de vivre leur histoire simplement. Et pourtant, il est IMPOSSIBLE de retenir les larmes à la fin, quand Viola part en Amérique après avoir épousé son esclavagiste de mari et laissé Shakespaere à sa plume.
La pièce s'achève avec la mort de Roméo et Juliette et le film, concomitamment, avec la séparation des deux héros.
La scène finale où Shakespeare, narrateur, raconte le début de sa prochaine pièce, La Nuit des Rois, et où l'on voit Viola marcher sur une plage est frappante de beauté et très triste. Pourtant, le propos n'est ni pessimiste ni fataliste. Car sans finir ensemble, ils se sont aimés et se sont offert, envers et contre tous, ce moment. Et puis au loin, le soleil brille sur la mer, comme un espoir...


Et pour cause, La Nuit des Rois n'est autre qu'une belle histoire d'amour, une autre.