Bien vite les cassettes de Graham qui relatent la vie sexuelle de toutes ces femmes vont susciter l'écoeurement et la fascination de Ann mais également le désir de Cynthia. Après avoir toutes les deux, chacune leur tour, pénétré l'univers de Graham, les soeurs vont vouloir changer leur vie. Mises à nu, face à leur propre réalité, elles vont lutter contre la fatalité.
Le réalisateur parvient à montrer avec beaucoup de simplicité la force des liens qui unissent chacun des principaux protagistes entre eux. L'attraction sexuelle qui habite John et Cynthia est perceptible à l'oeil nu. Derrière la sueur qui recouvre le couple adultère, on trouve finalement deux êtres qui ,sans s'aimer, se donnent entièrement l'un à l'autre. Le regard ,peut-être un peu accusateur du réalisateur, ne trouble pourtant pas l'opinion que peut s'en faire le spectateur. L'intention de Steven Soderbergh n'est pas de juger mais seulement de montrer.
Quant à l'attraction non moins sexuelle qui habite Graham et Ann, elle est d'un ordre beaucoup plus intellectuel. Car finalement ces deux être souffrent du même mal: la frustration sexuelle. Ils ne parviennent pas, chacun de leur côté, à vivre leur libido de la manière la plus simple et la plus animale qu'il soit. Ils sont, tous deux, dans le registre des mots et dans la recherche du sens, contrairement à John et Cynthia qui laissent vivre leurs pulsions sans complexe et en dépit des règles morales les plus basiques.
Si, a priori, le tableau de chacun de ces deux couples peut sembler un peu manichéen, il n'en est rien en réalité.
Bien sûr John trompe sa femme avec la soeur de celle-ci et lui ment sans aucune culpabilité. Mais n'est-il pas également montré comme un homme dont la femme le repousse constamment?
Quant à Cynthia qui ne souffre pas de servir de maîtresse au mari de sa propre soeur et dont la perversité est assez claire, n'est-elle pas elle aussi montrée comme une personne désoeuvrée, sans ambition, sans attache et finalement esseulée?
Ann qui a tout de la femme parfaite suscite pourtant l'ennui.
Et Graham qui est le seul à ne nuire à personne se révèle néanmoins comme l'être le plus triste et le plus complexé de tous.
La "lecture" des personnages se fait donc à plusieurs degrés. Avec le temps et l'âge, Sexe, mensonges et vidéo est vu d'une autre manière.
Mais quel que soit l'angle sous lequel on le regarde, le plaisir reste le même. Le réalisateur nous montre en toute simplicité la profondeur des sentiments qui animent des êtres confrontés à une situation pourtant des plus banales.
Il le fait sans prétention, caméra presque au poing, tout comme celle de Graham. Le style dépouillé, l'absence de détours inutiles sont autant que qualités qui donnent à cette oeuvre son caractère unique. C'est avant tout un film sur le sexe, sur la manière qu'a chacun de l'appréhender, de le vivre, seul ou face à l'autre. Et le propos du film est de nous montrer, sans juger, non pas l'importance du sexe mais de l'être humain face au sexe.