Ce n'est pas le propos du film injustement qualifié de film chorale. Les réalisateurs n'ont pas cherché à réunir les protagonistes autour d'une histoire commune mais à parler des femmes et surtout à montrer la difficulté qu'éprouve chacune d'elles à trouver sa place et à assumer son statut.
A travers l'histoire de Batia, Etgar Keret et Shira Geffen évoquent la souffrance d'une petite fille qui a eu peine à grandir à cause de parents égoistes, ces derniers l'ayant quelque peu délaissée, et qui s'est retrouvée catapultée dans l'âge adulte désarmée et désoeuvrée.
A travers celle du couple marié, c'est la difficulté d'être épouse qui est mise en lumière et avec elle la peur de l'abandon et de la trahison.
Mais c'est encore le statut de mère et de fille et surtout la culpabilité qui en découle qui sont mis à nu au travers du combat de la jeune philippine, des plaintes incessantes de la vieille dame dont elle s'occupe et de la lâ cheté de la fille de celle-ci.
Et puis, il y a cette femme seule, qui erre dans les couloirs d'un hôtel, à la recherche de l'âme soeur, et qui ne parvient pas à s'assumer en tant que telle.
Les femmes qui sont décrites, telles des méduses, sont parfois légères, parfois piquantes, elles flottent avec grace, elles sont presque transparentes, elles nagent mais ne se noient pas. Pourtant parfois, elles échouent.
Etrange métaphore, peut-être inadaptée...Les méduses est un film profond, peut-être même un peu trop. Il cherche, vainement, sa légèreté dans l'onirisme et le surnaturel. Trop de symboles y sont mêlés, trop d'idées sous-jacentes s'y télescopent. La part psychanalistique y est trop dense et compliquée pour que le spectateur puisse jouir de l'image et de la part artistique. Les réalisateurs auraient peut être dû laisser davantage libre cours à l'imaginaire et aux sentiments. Malgré la complexité des sens (trop) cachés, le film reste touchant, dérangeant. Sans toujours tout comprendre, le spectateur peut ressentir. L'émotion reste très présente. L'humilité, dont les auteurs ont fait preuve en filmant simplement ces femmes et en montrant leurs angoisses, est la qualité essentielle de ce film qui mérite le prix (Caméra d'or) que le Festival de Cannes lui a décerné.