Un acteur hors pair: Dustin Hoffman
Après toutes ces années, je suis encore surprise par son jeu parfait. Je me demande comment il peut parvenir à un tel degré de perfection. Des rôles plus sérieux dans lesquels il avait précédemment joué nous l'avaient déjà révélé. On repense à l'immense Lauréat de Mike Nichols (1968), au trépident Marathon man de John Schlesinger (1976), à l'extraordinaire Maccadam Cowboy du même réalisateur (1969) ou encore au touchant Little big Man de Arthur Penn (1970). Mais le rôle de Tootsie n'a rien à envier à Benjamin Braddock ou à à Rico Rizzo. Et pour cause, je lisais, il y a quelques jours à peine, une interview de Pascal Grégory dans lequel il confessait que le rôle qu'il aurait aimé interprété était celui de Tootsie. Se travestir est tentant pour un acteur puisqu'en endossant la robe et la perruque ce dernier peut aller encore plus loin dans son jeu d'acteur et surtout assouvir le fantasme de tous: être dans la peau du sexe opposé. Mais je crois sincèrement que Pascal Grégory évoque le rôle de Tootsie (et pas Victor-Victoria) surtout parce qu'il a été, comme nous tous, époustouflé par la prestation de Dustin Hoffman. Sans tomber dans la caricature primaire et grossière d'une femme féministe post soixante-huitarde, Dustin Hoffman a réussi à faire du personnage de Dorothy Michaels une personne généreuse, drôle, courageuse. A mi-chemin entre l'homme qu'elle est et la femme qu'elle a construite pour obtenir un rôle dans une série B, Tootsie est l'amie qu'on rêverait d'avoir, la femme qu'on aimerait être. D'ailleurs, le scénario n'exagère en rien lorsqu'il fait tomber pratiquement tous les hommes (voire les femmes) amoureux d'elle. Elle est tonique, extravagante, percutante, hilarante. Si l'idée même du personnage revient certainement au réalisateur, Dustin Hoffman n'en demeure pas moins complètement investi. Et quand il réendosse les vêtements d'homme de Michael Dorsey, il n'en perd pas pour autant son charisme, son volontarisme. On l'aime parce que sans en faire trop ou pas assez, il conserve tout au long du film le ton juste, celui dont tous les acteurs au monde doivent rêver, celui qui paralyse d'admiration le spectateur.

Des acteurs secondaires qui ont une véritable place Et je pense en particulier tout d'abord au meilleur ami, Jeff Slater campé par un Bill Murray désinvolte, au réalisateur du soap, l'exécrable et matcho Ron,joué par Dabney Coleman. Petit clin d'oeil au père de Jessica Lange, Les Nichols, interprété par Charles Durning qui campe à la perfection le gentil veuf plein d'humilité, au corps magnifique de Genna Devis (dans le rôle d'une actrice de seconde zone), à l'apparition d'Andy Waroll, à Sidney Pollack qui joue le rôle de l'agent nerveux et exaspéré de Michael Dorsey. Jessica Lange n'est pas en reste dans son interprétation d'une femme sous estimée et peu sûre d'elle.

Une véritable comédie A l'instar des plus grands films cultes du siècle, Tootsie réunit un nombre incalculable de scènes et de dialogues d'anthologie. On pense d'abord à la plus connue d'entre elles: celle où Dorothy hèle un taxi avec sa voix d'homme, mais encore à celle où elle prend le visage d'un des acteurs du soap entre les doigts empêchant ce dernier de lire son texte sur le prompteur, à celle où elle perd ses bigoudis dans le lit, aux côtés de Julie (Jessica Lange), à celle où Michael Dorsey abuse de son double personnage pour draguer cette dernière et se prend un verre d'eau dans la figure, à toutes celles où par une nuit particulièrement électrique tous les hommes viennent déclarer les uns après les autres leur flamme à Dorothy, à celle où Tootsie se révèle la première fois à son agent au Russian Tea Room, et enfin à celle où ce dernier tente de démêler les embrouilles amoureuses de Dorothy tout en parlant de l'homosexualité des uns et des autres....J'en oublie d'autres. Le film est un nid à dialogues sur mesure.
Daté mais pas marqué Etrangement la marque du début des années 1980 n'entache pas le film de la laideur habituelle des autres films de la même époque. Bien au contraire, on est ravi d'être confronté à certaines références: Andy Waroll (je le répète), les rues de New York, les vieux postes de télévision, les vieilles caméras, les tenues, les lunettes, la tonalité un peu marron. Bien que marqué, le film n'est pas daté et reste complètement intemporel. La même comédie pourrait exactement être réalisée aujourd'hui.

Pied de nez aux gros machos Car après tout tel est le thème central de ce film. Comprendre la femme de l'intérieur.Comment être mieux placé pour un homme pour comprendre une femme qu'en endossant la robe et les escarpins? C'est la question que pose Tootsie tout en montrant la difficulté d'être une femme et en particulier d'être une mère seule tout en travaillant, d'être une femme respectée, d'être une femme désirée, d'être une femme active, d'être féministe sans tomber dans la caricature, d'être femme des années 1980.....Le message reste toutefois intemporel. Le film dénonce sans vulgarité ni stéréotype, les machos, les allumeurs, les hommes à femmes...bref toutes espèces d'hommes qui malmènent les femmes sous prétexte qu'elles ne sont que ce qu'elles sont. Tootsie n'est pas pour autant féministe ou sexiste. Il se présente plutôt comme une sorte de mea culpa de la gente masculine à l'égard des femmes .
Je crie donc au génie!