Au commencement, un article dans un journal israélien où Ron Leshem, l'auteur du livre éponyme, relate le récit d'un officier qui racontait les histoires horribles et incroyables de soldats morts pour une guerre ridicule. Cedar qui avait servi comme officier déclare :"j'ai soudain réalisé que son histoire était aussi la mienne. En quelques secondes, toutes les peurs et les tensions que j'avais contenues depuis des années sont remontées et j'ai fondu en larmes." Une semaine après la publication de cet article, le cinéaste rencontra Ron Leshem dans un café de Tel-Aviv et décida d'adapter son histoire pour le cinéma. Durant les cinq années qui ont suivi, l'écrivain a aussi fait de son article un roman qui a remporté le Prix Sapir, le plus prestigieux prix littéraire d'Israël.
Le temps de BEAUFORT est celui des derniers moments de cette guerre.
Les morts de BEAUFORT sont les derniers morts d'une guerre alors que celle-ci est déjà finie et que depuis longtemps la décision d'évacuer le Liban a été prise.
BEAUFORT c'est le film des derniers moments et des derniers morts de TOUTES les guerres.
Je dis TOUTES car les guerres se terminent lentement et que les dernières victimes sont des morts absurdes.
Les derniers "Mort au Combat" qui sont tout à la fois les victimes de l'ennemi historique contre lequel la guerre a été voulue et les victimes des erreurs de la technostructure militaire et politique.
BEAUFORT, c'est l'huis clos des peurs, des incertitudes, des drames des dernières heures de la garnison avant que n'arrive l'ordre d'évacuation et de démolition. Ordre sans cesse différé. Et le temps des soldats de la garnison n'est pas le temps des techniciens de l'état-major.
Des trois derniers morts.
Morts au combat, victimes inutiles de l'absurdité.
Film sur une nouvelle modernité de la guerre avec l'irruption du journal télévisé retransmis en direct à BEAUFORT au cours duquel les soldats apprennent le décès de leur compagnon blessé et la douleur du père d'un autre soldat mort qui s'accuse de n'avoir pas su enseigner la peur à son fils victime du devoir.
Une réflexion magistrale produite huit ans après par la démocratie israélienne sur le sens de la guerre et du prix humain de celle-ci.
A quand un film français sur le prix de la "Grande Guerre" dont on vient de célébrer la mort du dernier poilu?