L'idée du film, tiré du célèbre roman de Nick Hornby du même titre, est de nous conter les histoires de coeur, ô combien banales, de Rob sans tomber dans les sempiternels clichés du romantisme. Car Rob, à l'exemple d'autres trentenaires déjà mille fois rencontrés, a un problème d'engagement. Et puis, comme tout le monde, il a connu et enchaîne les peines de coeur. Sa dernière, au centre du film, dont il semble être encore la "victime" est causée par Laura.
Elle le quitte un beau matin, alors qu'il s'apprêtait à préparer une énième compile. De là, un constat emprunt d'une certaine maturité: Pourquoi toujours moi? Qu'est-ce qui cloche avec moi? Bref, l'éternel questionnement du majeur censé être devenu adulte qui n'est toujours pas marié. Rob va donc chercher à comprendre les causes profondes de ce dernier échec en remontant le temps et en repassant en vue ses plus grandes peines de coeur.
On aurait pu craindre une accumulation de flash-back inutiles, vaines tentatives à remplissage de scénario. Il n'en est rien. Rob est là pour parler de lui aujourd'hui. Il interroge directement le spectateur, yeux fixés sur la caméra. Avec humour et dérision, il le prend à témoin. L'histoire centrale remplantée dans un décor original, parsemée de personnages géniaux et décalés est presque un prétexte à une enfilade de dialogues et de situations cocasses. Entre ses tentatives pour récupérer Laura en cherchant à comprendre ses précédents échecs amoureux, Rob évoque ses "short list". Les 5 pires peines de coeur. Les 5 chansons pour un deuil. Les 5 plus grands morceaux de tous les temps. Rob nous invite aussi quotidiennement à le rejoindre lui et ses deux acolytes dans leur caverne d'Alibaba. Entre un fétichiste azimuté campé par un génialissime Jack Black (qui à mon sens est le clou du spectacle... mais comment parvient-il à produire de telles mimiques?) et un timide érudi joué par Todd Luiso (déjà vu dans Jerry Maguire où il interprétait une "nany" fou de jazz), Rob accueille les clients.
Les vynils de Marvin Gaye ou de Stevie Wonder auraient pu faire perdre la tête au réalisateur et le pousser à noyer - trop facilement - son film dans une BO trop bien léchée. N'est pas Stephen Frears qui veut...Loin de faire succéder les morceaux de saoul, de funck, de pop, de rock les plus savoureux, le réalisateur nous les sert, en fait, avec parcimonie. Il a préféré soigner les dialogues voire les monologues de ses acteurs. Bien servi par un roman d'antologie, Frears en a tiré le meilleur et bien plus encore: en recréant une atmosphère unique dans cette boutique de vinyls, en rendant si authentique son personnage central, en choisissant des acteurs d'exception.
A côté de la bande des trois, on ne peut pas ignorer la queue de cheval improbable de Tim Robbins, les dreadlocks de Lisa Bonnet, la fausse candeur de Iben Hjejle.
Ne vous laissez pas méprendre par la modestie de son histoire, de son réalisateur, ou encore celle de ses acteurs: High Fidelity a tous les atouts d'un film culte, un générique de fin inégalable et une chanson finale absolument divine (S.Wonder, "I Believe", Album "Talking Book" ).