Terre ancienne où bat le coeur des Hommes qui ont vécu, qui sont profonds, qui souffrent, qui ne sont pas matérialistes. Coeur d'hommes et de femmes passionnés, vivants, artistes. Woody Allen montre sa fascination pour une terre qu'il ne connaît que de l'extérieur. Ce regard amoureux aurait pu être touchant, pour nous européens, si il n'avait pas été si cliché. Car "le plus européen des réalisateurs américains" ne s'est pas contenté de brosser un tableau idyllique de l'Europe ancienne, chaude, profonde, folle, il a utilisé son amour pour cette terre "inconnue" pour mieux descendre la sienne, l'Amérique, et, j'ose le dire, régler ses vieux comptes. Le propos en perd en profondeur voire en intérêt. Woody Allen serait-il devenu manichéen? Anti-américain?....Laissons lui le bénéfice du doute....C'est bien connu, l'herbe est toujours plus verte chez le voisin.
Derrière ces propos insidieusement antiaméricains (exemples: les américains aiment l'argent, ils sont vénaux, carriéristes, matérialistes, incultes, sans saveur ni profondeur, de moins bons amants, pas passionnés, pas sexy...si si si, je vous assure, c'est ce que j'y ai trouvé), on retrouve une histoire d'une très grande banalité quand même.
Deux femmes: l'une rangée, vouée à sa vie réglée comme du papier à musique, Vicky, l'autre délurée, passionnée, sans attache, masochiste, Cristina. Un été à Barcelone et tout bascule avec la rencontre d'un peintre passionné, viril et séducteur (Javier Bardem censé être ultra sexy), et son ex-femme sans limites (Penelope Cruz franchement sexy). Paf, les deux femmes tombent dans le panneau. La première y perd tous ses repères, sa structure mentale de névrosée contenue et voit, d'un coup d'un seul, tout son bel avenir chamboulé. La seconde, fidèle à elle même, s'y ressource en y puisant la folie, la passion et les expériences inédites (pourquoi tant de bruit pour cette minuscule scène de bisous entre Scarlette Johansson et la pulpeuse Penelope Cruz????). On retrouve donc un homme autour duquel gravitent trois femmes et avec elles une foule de fantasmes tus ou assouvis.
Ne cherchez pas l'image de Woody Allen dans ce personnage masculin...Il est facile à trouver non pas dans l'une des trois femmes mais dans les trois femmes réunies. Et plus encore. On retrouve le réalisateur, ses fantasmes, sa sensibilité, ses doutes et ses certitudes dans chacun des personnages qu'il porte à l'écran. Il donne à chacun une petite parcelle de lui-même: la raison, la passion, l'art, la folie, le puritanisme, les complexes....
Ce qui est très étonnant c'est que dans ces portraits hauts en couleur qui sont censés être différents les uns des autres, on retrouve la même substance: la gentillesse, la bonté. Malgré les crises de folie, l'adultère, les rancoeurs, la polygamie, on est un peu au pays des bisounours. Woddy Allen s'est assagi. Il est devenu humaniste. Fin de l'analyse, fin des troubles et du mal être, le réalisateur a su dompter ses mauvais démons pour les montrer en toute simplicité. L'homme est ce qu'il est mais au fond, pas un mauvais bougre...Bien qu'il tente de dresser un tableau complexe de l'âme humaine, le réalisateur reste à la surface des sentiments et des situations. On ne s'ennuie pas, on sourit même parfois. La musique est bonne. Les femmes sont belles et sensuelles. Barcelone en toile de fond est magnifique. Mais ça ne suffit pas.
Le premier sentiment de satisfaction en sortant de la salle est vite dissipé. Woody Allen qui est quand même, je vous le rappelle, le réalisateur de Manhattan, Annie Hall, Interiors, la Rose pourpre du Caire et de Crimes et délits, a perdu sa profondeur. Et parfois, il semble même avoir gagné en amertume (je vous épargne la description qu'il fait du mariage et donc l'image qu'il en a).
Un ami m'a dit, il n'y a pas si longtemps, que la psychanalyse était exclue pour les artistes. Je lui répondrai en précisant qu'elle est exclue une fois finie!

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