Autre film, autre vie, autre Mesrine. L'homme a changé. Les années de cavale ne l'ont pas pour autant fait murir. Mesrine a sombré dans la mégalomanie. Sans être sympathique dans le volet n°1, l'homme pouvait, par certains côtés, attendrir. Je m'explique pour ne pas m'attirer les foudres. Il était alors pétri de contradictions. Et animé par un souffle presque fascinant.
Dans le volet n°2, Mesrine n'est plus ambigu. Une seule chose l'intéresse: son image, l'idée que les autres se font de lui. Il aime déplaire, il aime qu'on parle de lui. Sa seule obsession, le nombre de pages qui lui sont consacrées dans les journaux du soir.
Très vite, dès les tous premiers instants du film où il prend en otage le président du tribunal de Compiègne pour pouvoir s'évader sans être jugé, le spectateur prend la mesure du changement. Mesrine se rit de tous, veut seulement faire parler de lui.
La fin de sa vie, relatée avec une grande fidélité dans ce deuxième volet, est à l'image de l'homme: moins intéressante. Mesrine est toujours un homme plein de ressources, cabotin, malin. Entre son incarcération à la Santé où il fera la rencontre de François Besse joué par Mathieu Almaric (dont le jeu est toujours aussi juste) avec lequel il planifiera une évasion impeccable et ses rencontres avec de nouveaux bandits, une nouvelle femme (interprétée par Ludivine Sagnier, moins convaincante que Cécile de France dans le rôle de la femme de), et sa confrontation avec le commissaire Robert Broussard (joué par un très bon Olivier Gourmet), la vie de l'homme est toujours aussi atypique et dense pour mériter d'être racontée.
Seulement voilà, Mesrine manque de substance. A une époque où les autres hors la loi ont des idéaux, luttent pour une cause, Mesrine reste seulement un bandit, un braqueur, un simple cambrioleur. Il comprend vite que le public fasciné par ses exploits attend autre chose de lui. Il a voulu faire parler de lui, il y est arrivé, mais ça ne suffit pas. Alors il s'invente des idées. Anarchiste, communiste, fanatique...Il cherche les amis "comme il faut" pour s'instruire. Il tentera de trouver auprès de Charlie Bauer (Gérard Lanvin est méconnaissable et extraordinaire) une substance. En vain. Mesrine n'est en réalité intéressé par rien. Il aime l'argent, le voler, il aime les femmes, le luxe, les belles voitures. Mais entre mégalomanie et frustration intellectuelle, l'homme a réussi à devenir l'Ennemi Public n°1.
Si le second volet est moins passionnant et trépidant que le premier, il reste à la hauteur du premier en termes de réalisation, de performance d'acteurs. Cassel est toujours aussi subjuguant, les "seconds" rôles sont intenses et en rien effacés par le charisme du bandit.
Reste une Ludivine Sagnier un peu bébête et potiche (la faute au rôle...peut-être). Et, au risque de me répéter, l'homme manque de substance. Les kilos qu'il a pris, les postiches, l'armada de journalistes qui l'entourent, ses autobiographies n'auront pas raison de ce manque. Et de fait, le scénario est un peu creux par moment.
Mesrine, L'Ennemi Public n°1 reste un film français qui, une fois encore, a une dimension digne de celle des grands films américains. La scène finale rentrera dans les annales. Le spectateur en avait eu un avant-goût dans le premier volet. La boucle sera bouclée. En beauté.
Je n'effleurai même pas un instant la polémique suscitée par cette fin. Mesrine a-t-il été abattu par la police? Le propos du film n'est pas celui-là.
Le pari, celui de raconter l'histoire d'un personnage haut en couleur qui a fait couler l'encre et le sang entre les 60's et les 70's, est simplement gagné. Mesrine: deux grands films.