James Gray est un grand réalisateur, on le savait. Déjà, avec Little Odessa, il avait montré son univers persistant. La banlieue New-Yorkaise, la communauté juive d'europe centrale, les russes, les bandits, les rapports familiaux, le regard du père, la culpabilité. Little Odessa l'avait imposé comme un auteur complexe, un véritable esthète. The Yards et La nuit nous appartient avaient, tous les deux, confirmé son talent. Dans ses derniers films, il a su choisir en Joaquim Phoenix un acteur hors pair, un visage particulier et énigmatique. Et à chaque fois, dans ses films, on a retrouvé la même atmosphère, le même genre de personnages, le même univers. Avec Two Lovers, James Gray a gardé son décor, son univers mais a tenté d'y transposer une histoire d'amour.
Seulement, cette histoire d'amour n'en est pas une. L'absence de réciprocité dans les rapports amoureux ôte à l'histoire sa connotation amoureuse. Two Lovers c'est avant tout, et peut être seulement, l'histoire d'un homme, triste, perturbé, fragile, seul, un peu fou. L'histoire d'un petit garçon qui habite le corps lourd d'un homme maladroit. Le contraste entre l'esprit et le physique est certainement la chose la plus frappante, la plus visible sur l'écran. La caméra n'a qu'un sujet, c'est Léonard.
Mais comme dans tout film recentré sur un personnage unique, Two Lovers se confronte, très vite, à un grand risque: celui de tourner en rond. Joaquim Phoenix a beau crever l'écran avec sa carcasse massive et le bleu de ses yeux tristes et profonds, il ne parvient pas à sauver à lui seul un scénario un peu plat... Et oui, j'ose le dire, le film est parfois un peu ennuyeux... Je n'y ai pas trouvé ce qu'on m'avait promis, un film d'amour fou, une passion ravageuse. Et pourtant comme on les aime les belles histoires d'amour qui finissent mal. Le temps de l'innocence ou Shakespeare in Love qui, eux, traitaient réellement des amours contrariées par les conventions sociales et les contraintes des époques avaient su toucher le spectateur en plein coeur. Dans Two Lovers, Léonard n'est pas forcé de choisir entre une femme conventionnelle et une femme libre et belle. Léonard n'a rien d'un homme frustré par des parents et un milieu social rigides.

Le nouveau film de James Gray est donc avant tout, et surtout, l'histoire d'un homme triste et dérangé, amoureux d'une icône qu'il ne possédera jamais parce qu'il sait qu'il ne l'aura pas. Sa souffrance est mise à nu. L'acteur est transcendé dans ce rôle de doux-fou. Mais c'est l'histoire de sa blessure qui aurait mérité d'être davantage portée à l'écran plutôt que celle de son obsession pour Michelle. Le réalisateur sait bien montrer l'âme humaine, sa perdition, ses tourments. Mais son dernier film pèche par la monotonie de son scénario.
La culpabilité de ne pas avoir aimé ce film que j'attendais avec impatience me freine, malgré moi, dans cette élan de déception. On peut toujours y aller pour voir, (une dernière fois?) l'un des plus grands acteurs de sa génération.