Le sort réservé au héros est sans surprise, enfin a priori, puisque le film débute par l’annonce, au travers d’images d’époque, du double meurtre, celui du maire de San Francisco et de son superviseur, Harvey Milk. Puis, on retrouve l’homme, assis à une table de cuisine, un micro à la main, en train de livrer à un magnétophone, son testament, les heures d’une vie majeure dans le combat gay des années 1970. Cette vie est retracée sur 8 années au cours desquelles Milk a quitté New-York, est sorti de son placard, et parti vivre ouvertement son homosexualité, avec son compagnon Scott. Le réalisateur nous dévoile comment l’homme a créé Castro, libéralisé petit à petit la ville de San Francisco, la Californie et les Etats-Unis.
Trois époques, trois temps majeurs du film : d’abord, la décision de rejoindre San Francisco et d’y établir, au cœur de Castro Street, une communauté gay fière et libre, puis celle de se hisser au rangs des politiques pour mieux faire évoluer, et surtout en profondeur, les mentalités, enfin le temps du changement, des confrontations sociales et politiques et de la peur.
A chaque moment clé, on retrouve un homme pugnace, profondément bon et convaincu. Loin pourtant d’être recentré sur ce chef de file, le film soigne les personnages secondaires. Car Harvey avait toujours su s’entourer. L’équipe qu’il forme autour de lui est servie par des acteurs exceptionnels. On y retrouve James Franco, dans le rôle de Scott, l’amant d’Harvey. Complètement dégagé de son rôle d’ami de Spiderman, James Franco dévoile une classe absolue et sait faire preuve d’une retenue en nuance, aux côtés de Sean Penn. On y retrouve aussi l’admirable, et le méconnaissable Emile Hirsch, qui avait été dirigé par le même Sean Penn, dans l’extraordinaire Into the Wild. Il campe cette fois le rôle d’un homosexuel militant, convaincu et spontané. Josh Brolin qui interprète un autre superviseur de la mairie de San Francisco est, quant à lui, désarmant dans son rôle de paumé, pétri de frustrations et de préjugés.
Dénué de toute caricature et de tout stéréotype, le film rend hommage à ces hommes qui ont su livrer leur combat, sans que leur orientation sexuelle soit l’objet réel du propos. C’est leur liberté dont il est question et aussi leurs convictions.
Et puis, bien sûr, il y a Harvey Milk. Que dis-je Sean Penn, habité par Harvey Milk. On y retrouve le talent déjà connu de l’acteur hors pair. Mais cette fois, sa performance est sans commune mesure avec tous les autres rôles qu’il a pu jouer. J’ai presque du mal à décrire l’émotion provoquée par le jeu de l’acteur. Sean est Harvey. Penn est devenu Milk.
D’ailleurs, en mélangeant les documents d’archive et en soignant la reconstitution du San Francisco des années 1970, le réalisateur sème lui aussi une confusion déroutante et permanente.
L’œuvre qu’il livre est bien plus qu’un film, plus vraie qu’un documentaire. Il invite le spectateur à devenir témoin d’une époque en l’introduisant avec un réalisme poussé à l’extrême dans l’univers d’Harvey Milk. Et bien vite, le spectateur comprend que le combat que Milk a pu mener il y a 30 ans est aussi celui du réalisateur, des acteurs. Il deviendra bientôt le sien. Au delà du testament d'un gay assassiné, Harvey Milk est un film essentiel qui marquera, à n'en pas douter, l'année 2009 et de manière plus générale le cinéma.