C'est l'assassinat sauvage du Comédien, dans son domicile New Yorkais, qui va faire sortir les Watchmen du silence et de l'ombre. On les découvre, les uns après les autres, au sortir de l'enterrement du doyen. Il y a d'abord l'incontournable docteur Manhattan: géant bleu, victime d'une expérience ratée dans les années 1950, très puissant, qui a laissé ses vêtements au placard (était-il vraiment nécessaire de nous montrer ses attributs sexuels pendant 2h45?). Doté d'une puissance herculienne, docteur Manhattan (Jon pour les intimes) n'a pas pris une ride depuis 30 ans, peut lire dans l'avenir, prendre 2 mètres quand le danger profile à l'horizon, se multiplier par 3 et a choisi une petite amie, qui, elle aussi, à ses heures perdues, fut une watchmen. Elle, c'est Silk Spectre. Sa mère fut une Minutemen pour laquelle le comédien avait le béguin. Il y a ensuite Nite Owl, l'homme hibou (interprété par Patrick Wilson, seul visage un peu connu, vu dans Hard Candy et Little Children), Ozymandias, l'homme le plus intelligent du monde et enfin, mais pas le moindre (car il est certainement le seul Watchmen digne d'intérêt), Rorshach, l'homme dont le masque change d'aspect en fonction des émotions qu'il ressent.
Après l'assassinat du comédien, Rorshach décide de mener son enquête et donc de recontacter ses anciens compagnons. A l'inverse des autres qui ont accepté de vivre une vie ordinaire, lui a continué sa quête de justice, en éliminant les tueurs, les bandits. Lui seul répond à un code d'honneur. Personnage extrêmement sombre et solitaire, Rorshach est pince sans rire, amer, mystérieux.
Tous les autres sont insipides. Enfin presque tous. Le comédien, malgré ses apparitions brèves et éclair, est pétri de contradiction. Ultra-violent, sans foi ni loi, c'est un tueur, un fou dangereux, un violeur. Et pourtant, son cigare à la bouche, il est, avec Rorshach, le seul personnage qui a un peu de relief et de saveur.
Le réalisateur, Zack Snyder, est un fan des Watchmen. ça se voit. Beaucoup avant lui s'étaient essayés à adapter le fameux comic book sur grand écran. Tous avaient abandonné. L'inconvénient du fan c'est son perfectionnisme. Le réalisateur a voulu rester fidèle et ne rien perdre de l'atmosphère, de l'histoire, de la complexité du contexte. Pour ceux même qui, comme moi, ignorent tout du comic, on sent bien que le film colle à la BD. Le résultat: un film long, inadapté sur grand écran. On peut rendre hommage à l'esthétisme visuel très poussé. Watchmen c'est avant tout un film qui est beau. L'image est omniprésente. Un peu trop. Le scénario s'est perdu dans les limbes de la pellicule. Il y avait pourtant matière. Au fond, l'histoire est sombre. Les hommes se déchirent. Le rideau de fer n'est pas tombé. La 3ème guerre mondiale profile à l'horizon avec des allures d'apocalypse. L'ennemi c'est la guerre et non le spectre soviétique. Il faut détruire les velléités à tout prix. L'Amérique a gagné la guerre de Vietnam, grâce aux Watchmen. Et pourtant, on ne comprend pas les implications de cette victoire. Au lieu de fouiller davantage dans le contexte politique sous-tendant l'histoire des Watchmen, le réalisateur s'est appliqué à nous montrer ceux-ci, volant, en armure, sur mars, au pôle Nord. Il s'est forcé à respecter la BD à un point tel que le spectateur voit le film comme il pourrait en feuilleter les pages, les unes après les autres. Watchmen c'est beau comme une succession de tableaux vivants. La reconstitution du New-York des années 1980 est très bien faite. La BO est léchée et adéquate. Seulement, à force de trop vouloir crever l'écran, le réalisateur n'a pas cherché la substance essentielle de son scénario. Peu concis, trop long, presque brouillon, le film est plus un grand spectacle sans fin qu'une réelle adaptation.
Zack Snyder s'est fait plaisir et ça se voit.