C'est à travers l'autre Eric, le dieu du stade, son idole de toujours, qu'Eric Bishop, notre postier dépressif, va se chercher, chercher- et trouver- la solution à tous ses problèmes. Ces derniers le submergent de toute part: ses beaux-fils, dont il s'occupe avec une tendresse infinie, sombrent dans la petite déliquance, leur mère - l'ex d'Eric, qui vient de sortir de prison, semble complètement désintéressée par sa vie passée. Surtout, l'amour de sa vie, celle avec laquelle il enflammait les dancings en dansant des rocks endiablés, celle qu'il a délaissée par lâcheté de jeunesse, ne veut plus entendre parler de lui.
L'introspection à travers l'autre, "le presque tout-puissant", commence donc un soir quand Eric Cantona, à force d'être scruté par notre pauvre postier, se décroche d'un poster géant. D'une hallucination éphémère va naître un dialogue à deux voix, un coaching splendide. Nouvelle forme de thérapie, la voix de Cantona résonne en Eric comme la voix divine guidant Jeanne d'Arc vers son chemin de croix. Seulement là, la voix de Cantona est là pour insuffler à Eric Bishop toute la force et la confiance en soi qu'il n'a pas. Si la première apparition du joueur désarçonne un peu, les suivantes viennent naturellement épouser le propos du film.
La recherche de soi, la quête profonde ne passe pas forcément par une introspection coûteuse sur le divan d'un psy mais peut se faire simplement, grâce à l'autre, aux petits riens du quotidien. A partir de l'histoire simple d'un type ordinaire, Ken Loach dépeint l'essentiel. Looking for Eric c'est donc, avant tout, un film sur la recherche de soi, la foi en soi mais aussi un film sur les gens ordinaires, l'amitié, la beauté du coeur. Ne croyez pas que le film ait, pour autant, les travers d'une grosse guimauve sucrée. N'est pas Ken Loach qui veut! Le réalisateur qui nous offre ici une comédie douce-amère sait bien ne pas être niais. Même si, pour une fois, il évite avec soin la critique politico-sociale sérieuse pour l'humour simple, il le fait avec beaucoup d'âme.
Eric Bishop est touchant, flottant dans ses vêtements trop grands, arborant sans fierté sa veste rouge de postier. Et avec lui, c'est toute l'équipe des supporters-postiers-buveurs de bière qui nous touche droit au coeur. La déprime n'a pas cours que chez les riches sans "vrais problèmes" qui peuvent consacrer du temps -et accessoirement de l'argent- à leurs peines. Les blessures de l'âme n'ont pas de frontière.
Le réalisateur réussit, à travers cette histoire simple, un pari fou: marier le foot et sa passion pour Cantona à la vie d'un postier dépressif soutenu par une bande d'amis! On ne s'ennuie pas. Et si le film, au début, peine un peu à mettre en place l'histoire d'Eric Bishop, il trouve vite son rythme farfelu pour captiver l'attention du spectateur. Ken Loach parvient en 2 heures à alterner toutes les émotions sans jamais se prendre au sérieux. Le film, à l'image de Cantona, est plein d'audace, de simplicité. On aimerait bien, pouvoir sauter dans l'écran à pieds joints, pour partager avec les deux Eric le calumet de la paix!