En lever de rideau la musique éclatante de l'Hymne à la Joie qui progressivement va s'éteindre pour faire place à la complainte mélancolique d'un violoncelle solo. Lentement nous pénétrons avec délicatesse et beaucoup de pudeur dans le rituel funéraire nippon de la courte période entre la mort physique et l'élimination du corps du défunt.
Au début, à Tokyo, un jeune violoncelliste Daigo perd ses illusions artistiques quand son orchestre symphonique est dissous car il n'attire pas assez de spectateurs. Daigo retourne alors vivre avec sa jeune épouse dans sa petite ville natale, Yamagata dans une province rurale du nord du Japon,là où sa mère décédée lui a léguée une petite maison chargée des souvenirs de son enfance.
Daigo répond à l'offre d'emploi d'une agence de voyage et immédiatement il décroche le poste fort bien rémunéré. Il découvre que cette agence organise des voyages très spéciaux : aller simple pour l'au delà. Par nécessité financière, il accepte cet emploi impur dont il cache la réalité à sa jeune épouse.
L'entrepreneur vieillissant va devenir le maître de Daigo et lui enseigner les rites funéraires. Peu de mots , quelques longues complaintes de violoncelle, une caméra exigeante qui scrute les mains et gestes de Daigo, de son maître , leurs visages et ceux de la famille du défunt réunie pour assister à la cérémonie. Peu de mots. Daigo caresse délicatement les corps qu'il est chargé de préparer pour la crémation comme il caresse son instrument pendant que son regard s'attarde délicatement sur l'assistance quasiment envoûtée par ses gestes. Les proches du défunt sont les spectateurs acteurs d'une incroyable catharsis : « nous prenons plaisir à contempler les images les plus exactes de choses dont la vue nous est pénible dans la réalité, comme les formes d'animaux les plus méprisés et des cadavres » (Aristote, Poétique, 1448b10)."

Une grande charge à la fois émotionnelle et poétique; un chef d'oeuvre pour ceux qui pourront surmonter leurs peurs.