J'ai lu que Le Soliste était mièvre, mielleux, larmoyant. Qu'il était un kamikaze qui s'abattrait sur les Oscars (ou un truc de ce goût là). Les auteurs de ces mots ont certainement dû perdre leur coeur à la porte de leur bureau. Car si le film a des défauts, je ne les ai pas trouvés dans le sujet, ni dans le flot de sentiments provoqués par cette étrange et belle histoire. En réalité, Joe Wright a les défauts de ses qualités. Il n'est pas un simple réalisateur. C'est un metteur en scène qui a fait de la perfection une religion, une façon de filmer, de montrer. Chaque plan est mesuré, sous-pesé. Chaque séquence apporte une nouvelle pierre précieuse à la couronne. Mais cette perfection visuelle qui sous tend chaque petite seconde donne au film des allures de devoir de premier de la classe. J'avais détesté l'effet dans Reviens moi. Je l'avais adoré dans Orgueil et Préjugés. Dans l'un, l'histoire m'avait profondément ennuyée. Le film s'était noyé sous la caméra opiniâtre du réalisateur. Dans l'autre...Ah l'autre....Je suis FAN de Jane Austen. Orgueil et Préjugés est mon oeuvre préférée. Alors autant dire que les tableaux victoriens du 19ème siècle, même trop plaqués, m'avaient plu.
Là, mon sentiment est moins tranché et je me suis sentie partagée. Le perfectionnisme qui ne lâche pas le réalisateur de la première à la dernière minute m'a d'abord éblouie. Sous mon regard médusé, j'ai d'abord vu les images de Los Angeles se succéder. Puis je me suis surprise à être ennuyée. La première partie du film, celle où Lopez s'approche à petits pas de Nathaniel , est inégale. Le chroniqueur est à mi-chemin entre l'opportunisme et l'altruisme. L'histoire prend place lentement, très lentement. Dans les creux, trop de photos de galerie. Et puis, et puis, il y a Ludvig. La 9ème Symphonie en fond sonore. (Pas de la même manière que dans Le Concert Ô combien surestimé où le concerto pour violon de Tchaikovsky n'en finit pas de se jouer, comblant un scénario faussement loufoque). Et là l'émotion monte, grandissante. Elle épouse la relation entre les deux protagonistes qui, elle aussi, s'épanouit, progressivement. Le réalisateur n'a pas eu peur d'avancer lentement. La seconde moitié du film lui a donné raison. Son perfectionnisme obsessionnel laisse place, dans cette seconde partie, à l'émotion. L'histoire nous plonge ici dans les méandres de l'âme humaine. Dans des blessures incurables. Elle pose une question: Peut-on aimer un fou? Peut-on même seulement l'aider. Et si le film semble a priori y apporter une réponse négative, en vérité, il la laisse ouverte. L'essentiel n'est pas dans la question. On le comprendra.
Le Soliste ose aborder un thème complexe. Et derrière l'histoire de Nathaniel, celle d'un musicien schizophrène qui ne parvient à calmer ses voix intérieures pernicieuses qu'avec les bruits de la rue et la musique de Beethoven, il y a celle de Lopez, l'homme pressé par la vie qui n'a pas su voir l'essentiel. C'est donc la rencontre de deux âmes esseulées interprétées par deux grands acteurs. Et surtout la redécouverte d'un acteur extraordinaire, d'un des meilleurs, pour tout dire. Le rôle du musicien est bien servi par Jamie Foxx. Mais on le retrouve là où on l'attendait.C'est Robert Downey Jr qui crève l'écran. Il joue avec la même justesse de celui qui interprèterait son propre rôle. Sans reprendre le mauvais jeu de mots journalistique, l'acteur n'a rien d'un kamikaze qui s'abattrait sur les oscars mais tout d'un grand qui mériterait d'être récompensé. Pour le reste, le film aurait mérité de meilleurs égards. Ne tirez pas sur Le Soliste...Allez plutôt le voir!