C'est donc l'histoire de Mandela "Madiba" au moment de son entrée dans la scène politique que Clint Eastwood a décidé de raconter. Et c'est à travers la préparation psychologique par le chef de l'Etat de l'équipe de rugby, à l'aube de la Coupe du Monde que le réalisateur a voulu nous dévoiler l'homme dans toute sa splendeur, sa grandeur, son humilité. Il parvient avec beaucoup de simplicité à dépeindre celui qui réunifia les hommes et qui créa l'Etat libre d'Afrique du Sud.
Le film emboîte la grande histoire aux petites avec dextérité et le savoir-faire propres à Clint Eastwood. La grande histoire c'est celle de l'homme. Car le clou du spectacle, aussi émouvant soit-il, ce n'est pas le match final, c'est Mandela...que dis-je, Morgan Freeman, avec sa grande carcasse qui a peine à marcher, les genoux brisés, le sourire constant aux lèvres. L'acteur, dans la mesure et la justesse, joue le rôle de sa vie. Il est Madiba. Le libérateur, d'abord. Mais ensuite l'homme seul, abandonné des siens. L'homme entouré de femmes pour gouverner. L'homme humble qui se fait un devoir de connaître le nom de chacun des joueurs pour mieux les pousser à se dépasser eux-mêmes. L'homme calculateur qui a cherché dans un sport le tronc commun d'une nation qui ne voulait pas naître. Bien sûr, il y a les autres histoires. Celle du pays déchiré. Celle de l'équipe de rugby et de son capitaine (Matt Damon qui paraît avoir 18 ans dans son polo et son short de rugby est égal à lui-même: il est donc bon, même très bon). Celle de la préparation psychologique des joueurs. Et puis, il y a les petites histoires qui reviennent sans cesse, comme des satellites de la grande: ce sont des hommes qui ont basculé de l'Apartheid à la renaissance de l'Etat, celle du peuple noir libéré, celle de la rédemption. Par petites touches subtiles (ou pas), le réalisateur fait se rapprocher les destins pour finir par montrer le destin commun. Il y a donc, vous vous en doutez, des grands moments d'émotion. Et moi, âme sensible, (qui ai pleuré toute mon enfance devant la famille Ingalls et [leur] Petite Maison dans la prairie), j'ai pleuré.
J'ai pleuré lorsque j'ai vu disparaître le drapeau afrikaner et vu le nouveau drapeau sud africain brandi par tous.
J'ai pleuré lorsque la fougue sportive est venue s'abattre sur tous.
J'ai vibré aux sons des acclamations du nouveau peuple sud africain.
J'ai jubilé de les voir tous se tenir la main, se réconcilier.
C'était facile, il faut bien le dire. La réalisation oscille entre subtilité et facilité. La caméra de Clint Eastwood est simple, fluide. Elle ne cherche pas à éblouir. A force de trop vouloir laisser voir, elle est parfois un peu lente, ennuyeuse. La paresse du réalisateur n'est toutefois pas là, au contraire. Mais dans l'utilisation de ressorts scénaristiques aussi limpides que du cristal. Il ne cherche pas à dépasser cette facilité et à s'essayer dans la difficulté. La complexité du personnage (évidente) n'est pas suffisamment creusée, exploitée. Pour autant, le film est beau, émouvant, simple. Le réalisateur bientôt octogénaire, évidemment, est sidérant. Et si sa caméra pèche par sagesse et son film par trop de consensus, il continue d'évoluer et de créer. Invictus est une nouvelle étape dans son foisonnement artistique. Pas le chef d'oeuvre que j'attendais, certes. Mais qui aura réussi à me faire vibrer devant un match de rugby....pour la première fois de ma vie.

Pour en savoir plus sur Cinefriends.com...
- Fiche du film Invictus
- Clint Eastwood
- Morgan Freeman
- Matt Damon