Ecoutez ce morceau. Faîtes tomber, vous aussi, cette petite bretelle pour faire glisser ensuite la robe noire toute entière. Laissez Miles Davies emplir du son de sa trompette cette pièce. Vous aussi, j'en suis sûre, vous voulez que votre petit garçon ait les mêmes lunettes que Ray sur le nez. Marvin Gaye revisité par Cuba Gooding Jr, les maracas en fond sonore, c'est l'orchestre que vous cherchez pour votre mariage.
J'écris ces lignes et je n'ai pas même besoin de fermer les yeux pour voir très précisément, très distinctement venir à la surface de ma mémoire le fil de ce délicieux scénario. Minute par minute, l'histoire narrée par Jerry Maguire (Tom Cruise, l'unique) lui-même me revient. Peut-on vraiment s'attacher à un agent sportif un peu désabusé qui, un beau jour, parce qu'il est survolté, sur le point de se marier à une femme ambitieuse débridée écrit un mémo qu'il décide de distribuer à toute son équipe? Jerry Maguire est immédiatement remercié. Aux Etats-Unis, il n'y a pas de place aux états d'âme, seulement aux chiffres, à la productivité. L'agent sportif doit être rentable quitte à pousser ses joueurs sur un terrain même dans un état comateux. Jerry Maguire rassemble ses affaires et prend avec lui, dans ses cartons, un poisson et Dorothy Boyd (jouée par l'adorable Renée Zellweger), une assistante, attirée par l'homme et ses feux d'artifice. Il ne lui reste plus, dans ses fichiers, que deux clients qu'il a pu sauver d'un match, que dis-je, d'un combat téléphonique avec son plus grand concurrent Bob Sugard: Rod Tidwell (l'incomparable Cuba Gooding Jr) et Franck Cushmann (Jerry O'Connel). C'est le début de la grande aventure. D'une carrière à son paroxysme, l'agent sombre dans une sorte de marasme professionnel et social. Par petite touche, il tente de se reconstruire d'abord en tant qu'agent et puis en tant qu'homme. C'est autour de sa relation avec Dorothy et de celle avec Rod qu'il part à la redécouverte de lui-même. Le tout est fait très simplement mais sans concession. Jerry Maguire se désapprend, se confronte, confronte.
Jerry Maguire c'est d'abord un homme: Tom Cruise. Ceux qui me lisent le savent déjà, depuis longtemps. C'est pour moi un génie. Et dans ce rôle, le génie excelle. L'homme et l'acteur ne font qu'un. C'est bien le propre de cet acteur caméléon...Je laisse ses détracteurs à la porte du blog parler encore et toujours de sa vie privée. Car ici, il n'y a place qu'au cinéma.
Autour de lui, tels des satellites, gravitent des personnages forts, cocasses, incroyables, qui le renforcent même: Rob, Dorothy, Ray, la soeur de Dorothy, la femme de Rob. Pour ne citer que lui, Cuba Gooding Jr est un cocktail d'amour et d'humour. On le découvre dans son bain qu'il partage avec son fils. Puis on le voit en train d'hurler "show me the money". Le ton est donné. Rob n'est pas hystérique. Mais électrique, passionné, sans limite, un coeur ouvert. C'est l'athlète qui se sèche à nu dans les vestiaires. C'est l'homme cru, honnête, l'ami qui va donner à Jerry Maguire son "kwan", l'envie d'aimer.
Comme à son habitude, Cameron Crowe a soigné la BO. Mais là, comme s'il avait su mon secret, il est allé puisé particulièrement les pépites chez Paul (Mc Cartney, bien sûr), et pas dans n'importe quel album. L'album Mc Cartney.
Je vous laisse avec un extrait du film. Une pépite. De toute façon, chaque extrait de ce film est une pépite. Et savourer la beauté, la sensualité, la grâce de ce moment.