Que veut on nous faire comprendre avec ces plans fixes qui n’en finissent pas ? Qu’on peut avoir une Ferrari et s’ennuyer (une Ferrari noire, tu m’étonnes…). Mais il y a d’autres moyens pour faire comprendre l’ennui que de l’imposer au spectateur. De manière générale, Sofia Coppola va nous infliger dans leur intégralité de longues séquences sans autre raison que de nous faire ressentir l’ennui et le vide. Reconnaissons qu’elle y arrive.

Encore une scène, l’une des plus chouettes à résumer. C’est l’affiche du film. Regardez la. Pendant 30 secondes. Sans tricher. Vous verrez c’est très long, 30 secondes dans ces conditions. Surtout si elles viennent après une nouvelle version améliorée de la scène du canapé : cette fois-ci il n’a ni cigarette ni bière. Il est juste assis. A un moment il bouge un coussin pour regarder ce qu’il y a derrière. Malheureusement il n’y a rien.

Devant un spectacle aussi peu passionnant, le sommeil menace. Sofia Coppola ne peut pas l’ignorer, et comme en clin d’œil, elle nous montre à deux reprises le héros s’endormir à des moments qu’au contraire certains trouveraient tout à fait passionnants (c’est le côté « vie sulfureuse »). Mais je crois que certains spectateurs ne veulent pas accepter que Sofia Coppola soit ainsi en train de leur montrer du vide. Ils veulent trouver du sens dans certaines scènes, d’où des réactions qui m’ont étonné. Johnny se fait des spaghettis. Gros plan sur la casserole qu’il retire du feu pour verser les spaghettis dans la passoire. Quand je dis gros plan, on est dans la casserole, puis on est dans la passoire. Il en a fait beaucoup, et quand il les verse dans la passoire, cela déborde et une partie tombe dans l’évier. Certains spectateurs ont ri. Comme s’ils voulaient se persuader que tout cela avait un intérêt, qu’il n’y avait pas que du vide, qu’ils étaient en train de voir un bon film. Vous l’avez peut-être deviné, moi je n’ai pas ri.

Pour essayer d’être objectif, j’ai tout de même trouvé trois points positifs à retenir de ce film.
Elle Fanning avant tout (la fille de 11 ans). Elle est merveilleuse de naturel et extrêmement expressive. Il n’était pas indispensable de nous la montrer faire 12 longueurs de piscine (une petite piscine heureusement), avant de faire deux fois le poirier, mais quand elle a l’occasion de s’exprimer elle le fait admirablement bien.

Autre point intéressant, dans la première scène du canapé, on aperçoit le micro en haut de l’image (alors même qu’il n’y a pas vraiment de son à capter). On ne sait pas encore que ce sera l’une des seules distractions du film, il faut en profiter.

Enfin, dans la dernière scène, Johnny part avec sa Ferrari noire. Au cours du film il conduit beaucoup, et on le suit longuement. De nouveau cette fois-ci, avec un premier plan assez long où on le voit entrer sur l’autoroute (il le fait proprement, clignotant et tout). Puis un autre, plus loin sur l’autoroute. Un troisième, on voit des panneaux qui parleront peut-être à ceux qui connaissent Los Angeles et ses environs. Puis encore deux plans pour le voir prendre finalement une petite route au milieu de nulle part. Il ne se passe rien, c’est très long, mais on comprend que ça aurait pu être pire puisqu’entre ces cinq plans Sofia Coppola a coupé plusieurs minutes de route.
Qu’elle en soit remerciée.