On le perd. Et on plonge dans les racines de la terre. A l'origine de l'Homme. Pour essayer de comprendre le drame humain qui s'est joué quarante ans auparavant dans sa famille. En remontant le temps, le réalisateur, par petites touches, nous livre le portrait d'une famille, d'un couple et de l'arrivée successive de leurs trois garçons. L'aîné d'abord. Puis ses deux frères cadets. On est plongé immédiatement dans l'intimité de cette jeune mère, de ce père. L'angoisse liée au drame humain qui s'est déjà joué, petit à petit, laisse la place à la Vie. Et pendant plus d'une heure, à la manière d'un oignon dont on ôterait les couches successives, le réalisateur enlève, les unes après les autres, les tranches de vie de cette famille. Il le fait subtilement. Ce qu'il dévoile peut être un détail ou un élément capital. Mais on perçoit qu'en réalité, chaque tranche est essentielle.
Rarement un film m'aura plongée autant du scepticisme à l'intérêt. Le drame, première scène, n'est pas un choc, puisque précisément le film commence par lui. Puis, le délire du réalisateur qui plonge sa caméra pendant près de 20 minutes dans le ciel, la mer, l'univers, au coeur de la terre m'a agacée. Quel était alors le propos? Les origines du Monde? La terre, sa colère qui prend la forme d'un volcan en feu. Et l'eau, le dinosaure qui se transforme en une autre espèce pour devenir un homme. L'homme, lui, prend la forme d'un nouveau né expulsé du corps de sa mère. Mais ce bébé, on le sait tout de suite, est celui-là même qui est mort à la guerre. Tout est clair. Et alors, la magie opère. On ne s'est pourtant pas attaché à lui. Pas encore. Mais les visages des jeunes parents, du ventre rond d'une jeune femme épanouie, de ce minuscule pied de nourrisson émeuvent immédiatement, instinctivement. Le drame humain est là. Dans toute l'attention que les jeunes parents donnent à ce premier né. Puis à ses frères. Et, comme un écho, on entend le son de la voix du père qui regrette que les derniers mots qu'il ait dits à son fils ne furent que réprimande et reproche. Retour dans le passé. A la joie d'être père succède un mode d'éducation exigeant, sans concession.
La profondeur du propos est d'autant plus ressentie qu'elle n'est montrée - du moins pratiquement- qu'en images. Les images se succèdent. Photos du passé où un enfant rit, pleure, ou bien encore est terrorisé. La musique vient compléter cette vision. Je n'ose dire du bonheur. Ni du malheur. On s'attache à chacun de ces protagonistes dont on ne connaît pas les prénoms. Il y a Jack, le premier né, l'enfant rebelle, dont seul le prénom est connu. Et autour de lui, un père sévère plein de regrets (Brad Pitt est parfait. On le savait), un frère martyrisé, une mère partagée silencieuse et résignée.
Ce film étrange, lent, peu bavard et visuel m'a touchée. Il a touché la mère que je suis, la cinéphile qui aime se laisser emporter de temps en temps. La beauté de la photo m'a émue. Et la musique m'a envoûtée. Je n'y ai vu aucun cliché. Rares sont les films au langage différent qui parviennent à m'atteindre. Tree of life y est parvenu. Sans crier gare.

Mini-fiche du film: