Le parti pris de raconter cette histoire contemporaine avec des personnages qui occupent encore la sphère médiatique est de loin ce qu'il y a de plus osé dans cette entreprise. Imiter des hommes et femmes que l'on entend quotidiennement aurait pu rapidement virer à la mauvaise blague mais c'est finalement la bonne surprise de ce film un peu bancal et parfois frustrant.
Les acteurs sont globalement épatants chacun dans leur rôle, entre imitation et composition. Bernard Le Coq par exemple, nous livre une interprétation de Jacques Chirac exceptionnelle. Si on retrouve la posture et quelques intonations qui nous sont familières on a très vite conscience que ce n'est pas le vrai Chirac qui est face à nous mais une illustration de ce que l'on s'imagine qu'il est. L'équilibre entre imitation et interprétation est parfaitement tenu. Il en va de même pour Denis Podalydès (Nicolas Sarkozy) ou Samuel Labarthe (Dominique de Villepin) qui nous livrent tous deux une excellente performance.
Entre mauvais coups et phrases chocs La Conquête s'applique à nous faire entrer dans les coulisses du pouvoir à l'instar de ces déjeuners entre Sarkozy et Villepin véritables duels modernes où le futur président sort à chaque fois vainqueur de ces confrontations sous l'oeil goguenard de Claude Guéant (Hippolyte Girardot) son directeur de cabinet.
Ces brèves plongées au coeur du pouvoir auront également été source de frustration car Xavier Durringer, le réalisateur du film, entre-ouvre la porte de ce petit théâtre du pouvoir cherchant souvent le bon mot ou l'effet comique au détriment d'une description plus précise d'une férocité que l'on entre-aperçoit. Tous les ingrédients sont là mais la sauce n'est pas assez pimentée à mon goût.
La relation entre Nicolas et Cécilia est également l'angle le plus faible du film. Les motivations de Cécilia ne sont pas vraiment compréhensibles. Pourquoi part-elle après tant d'années de lutte ? Pourquoi revient-elle ? On ne le sait pas vraiment même si au détour d'une phrase on comprend que les frasques de son mari lui sont devenues trop insupportables.
La Conquête a le mérite d'être à la hauteur de l'image que l'on peut se faire d'un film politique, dommage qu'il n'ait pas réussi à dépasser l'exercice de style. On aurait pu avoir un grand film.

Mini-fiche du film: