Une séparation n'est pas un film sur l'Iran. Le régime n'y est pas dénoncé. Le réalisateur montre néanmoins, en racontant cette histoire, la société. Ses femmes d'abord qui sont voilées. Le voile n'est clairement pas le même pour toutes. Et la religion, omniprésente, jusque dans le cabinet du juge où le coran a sa place, n'est pas pratiquée de la même manière par tous. Ses femmes qui n'ont pas toutes le même rapport à leur mari, à la vie. Il y a des femmes qui, malgré le voile, se teignent ostensiblement les cheveux, portent des vêtements à la mode, des lunettes de marque. Des femmes avides de liberté, des femmes qui travaillent, des femmes qui quittent leur mari pour tenter de mieux le retrouver. Simin dépeinte a priori comme un coeur dur et sans pitié, est l'une de ces femmes. On comprend très vite que si elle quitte Nager c'est pour tenter de le réveiller à elle, de le faire réagir. Car avec le temps, Nager s'est éloigné de sa femme. Si Nager est présenté comme un fils et un père courage (ce qu'il est, de manière indéniable), il est aussi un homme comme un autre, détaché de sa femme progressivement. Un homme qui ment. Leur éloignement - avant leur séparation- est indépendant de la maladie du père et de leur projet d' "évasion" tombé subitement à l'eau.
Le réalisateur a le don de montrer, par petites touches, la complexité de cette séparation. Prendre parti serait la conséquence d'un choix impulsif, instinctif. Il montre ainsi comment Termeh, la fille de onze ans, est déchirée. Car elle a compris que les raisons de la séparation ne sont pas évidentes mais font partie de celles qu'on n'explique pas.L'étiolement des sentiments ne se justifie pas de manière cartésienne mais se vit.
Si cette séparation est le coeur du film, le drame qui cristallise la rupture du couple est autre. Il touche cette aide-soignante. Et à travers cette histoire, dans l'histoire, le réalisateur, comme un écrivain sensible qui, sans être bavard, prend son temps, nous montre la différence entre les classes sociales.
Il y a des enfants qui vont à l'école, étudient. Il y en a d'autres qui passent leur journée auprès de leur mère. Il y a des femmes qui portent de longs voiles, qui ne se maquillent pas, qui tremblent devant leur mari, le coran. Razieh qui accepte le travail alors qu'elle est enceinte et fatiguée est l'une d'elle. Elle ment par omission, pensant que les forces divines ne verront que les mensonges avérés, dits. Elle est prête à tout pour sauver son mari de la dépression, des créanciers, de la misère. Le réalisateur, par la force de sa narration, nous la dépeint à la fois comme une victime et une coupable.
D'ailleurs, c'est la force de ce film. Le manichéisme est l'ennemi du propos. Chaque protagoniste est à la fois le coupable et la victime. Chacun se targue d'une honnêteté implacable. Et pourtant le mensonge est en chacun.
Le mari de Razieh, lui-même, présenté comme un fou, un violent, semble bien être la victime de son chômage, de sa misère, de la honte dans laquelle sa condition l'a plongé.
J'avoue que la peinture de cette ville où les femmes se cachent derrière des voiles et n'ont le droit de travailler qu'avec le consentement de leur mari m'a d'abord oppressée. Mais j'ai compris qu'il s'agissait d'une autre société. Et peu à peu, en regardant ce drame, les voiles se sont intégrés dans le tableau. Nous se sommes pas en Europe, ni aux Etats-Unis, ni encore ailleurs où les femmes arborent fièrement leurs cheveux, leur poitrine, leurs jambes. Il y a des règles qui ne sont pas les nôtres. Et si ces règles placent les femmes dans la crainte et le respect de leur mari, on s'aperçoit qu'elles ne sont pas nécessairement soumises. Il faut attendre pour comprendre tout cela. Le réalisateur parvient à le montrer. Peut être trop lentement. C'est là le reproche que je lui ferai. Mais de manière étrange le sentiment d'étouffement au début ressenti s'est progressivement estompé pour finalement disparaître.

Mini-fiche du film: