Chauffeur de bandits dont il ne sait rien et ne veut pas connaître les desseins, il n'a pas de domicile fixe. Il disparaît dans la nuit pour réapparaître à un autre endroit. Ses clients prennent contact avec lui par le biais du gérant du garage dans lequel il est mécanicien à ses heures perdues. Chauffeur, amateur de voiture, il est seul, impassible, impeccablement vêtu. Il ne sourcille pas. Jusqu'au jour où, lors de son énième déménagement, il fait la rencontre de sa jeune voisine qui élève seule son enfant de 8 ans. L'homme froid s'anime alors de l'intérieur. Il tombe sous le charme de cette femme sans vraiment lui faire partager ses sentiments. C'est une main posée furtivement sur une autre main gantée de cuir posée sur l'accélérateur d'une voiture qui montre simplement les sentiments. Quand le mari de la jeune femme sort de prison, il fait la rencontre du voisin. Le jeune homme s'attache au mari pour mieux protéger la femme qu'il aime en silence. La vie réglée du chauffeur prend alors un tournant quand il accepte de conduire le mari à un rendez-vous.
La construction de Drive suit le parcours du jeune homme. Les deux premiers temps s'enchaînent très rapidement. Présentation d'un homme singulier. Sa rencontre avec la jeune femme. Puis la lenteur déconcertante de la première moitié du film qui couvre les deux premiers temps laisse place, soudainement, à la folie, au chaos. La blancheur du soleil californien est tachée de sang. L'homme froid et pourtant attachant se montre sous un nouveau jour. Jamais animé par la haine ou par l'amour, on voit pourtant clairement la folie froide qui l'habite. L'homme est pratiquement un animal, la fougue en moins.
Il y a des scènes qui me reviennent, nombreuses. En particulier celle du baiser dans l'ascenseur qui précède une scène d'une violence inouïe. Mais à chaque fois, ce qui me revient à l'esprit c'est le visage angélique de Ryan Gosling. Son petit sourire triste à la Joconde. Et surtout son regard. L'acteur signe là une performance et confirme, une fois encore, qu'il fait partie désormais des grands. En quelques semaines on le voit passer de son rôle de séducteur dans Crazy Stupid Love à celui de tueur. Il est à chaque fois crédible, impeccable dans tous les sens du terme. Il a des allures de machine en marche que rien n'arrête.
J'aimerais écrire que ce film est un ovni cinématographique. Aujourd'hui, peut être. Mais, et là je me répète, il est digne des films que De Palma, Mann et Ridley Scott nous offraient dans les années 1980. C'est un hommage alors, remis au goût du jour, avec des acteurs merveilleux. Car à part Gosling, il y a Carey Mulligan. Elle aussi angélique. On l'avait découverte dans le merveilleux Pride and Prejudice de Joe Wright (Le film de l'année 2006). Mais son talent s'était révélé dans le non moins merveilleux Une Education (L'un des meilleurs films de l'année 2010). Elle sait décidément choisir ses rôles...Car Drive est certainement l'un des meilleurs films de l'année 2011.

Mini-fiche de Crazy Stupid Love