Les Infidèles: du romantisme post moderne
Par Julie Buk Lament, mardi 6 mars 2012 :: Critiques :: #1328 :: rss
![]() |
l'avis de Julie |
|
Pas encore sorti qu'il a déjà fait couler beaucoup d'encre. Ses affiches à peine placardées dans les rues de Paris que déjà, diverses associations sont parvenues à en faire exiger le retrait. La posture de Gilles Lelouch n'était certes pas très délicate. Le regard de Jean Dujardin les mains pleines de jambes plutôt salace. So what? Quand on se promène dans la rue ne voit-on pas tous les jours des centaines d'affiches autrement plus choquantes. Les publicités sont l'occasion au déballage du corps humain sous ses moindres détails. On n'en est pas pour autant choqués. Bref, le buzz précédant la sortie des Infidèles avait une odeur de souffre. Inutile, préciserai-je. J'ai lu quelque part, également, que le film était vulgaire, outrancier, voire limite pornographique. Et là, je me lève, je m'insurge. Car il n'en est rien. Evidemment, il ne faut pas s'attendre à une adaptation de Jane Austen ou des soeurs Brontë. Les infidèles ne fait pas toujours dans la dentelle. Mais pourtant, à y regarder de plus près, en traitant de l'infidélité, le film parle d'un certain romantisme post trentenaire. Celui des passions inassouvies, des irréductibles rêveurs.

Par segments d'inégale humeur, mis en scène par un réalisateur distinct à chaque fois, l'infidélité est appréhendée de différents points de vue. De l'humour graveleux entrecoupé de quelques scènes osées et débridées, on passe ensuite à l'ambiance pathétique d'un séminaire de travail. On la quitte pour plus pathétique encore en rejoignant la décadence d'un presque quarantenaire (Gilles Lelouch a ici quelque chose de touchant et de très triste) envoûté par une lolita insolente. Vient ensuite le segment articulé autour de la diabolique question que se pose un soir d'été un couple marié campé par Jean Dujardin et Alexandra Lamy. De là on rejoint le segment le plus léger, celui du groupe de discussion animé par une Sandrine Kiberlain pleine d'énergie qui mène une dizaine d'infidèles invétérés campés notamment par un Manu Payet sado-maso accro aux femmes mures et un délicieux Guillaume Canet (que décidément j'adore comme acteur...). On retrouve dans un dernier segment nos deux protagonistes du premier segment. Hommes mariés, menteurs, désillusionnés, encore pleins d'envie -et aussi étrangement d'espoir.
Ce qui sous tend chaque segment c'est le regard plus compatissant que condescendant du réalisateur. L'homme est faible, il se perd. En sortant de la projection j'ai même entendu dire que le film était moralisateur. C'est dire que la folie décrite plus haut et classant le film dans le X était hors propos. Je n'adhère à aucune de ces critiques. Je m'interroge encore sur les sentiments extrêmes, que je qualifierai d'excessifs, que suscite Les Infidèles. Ce film inclassable est, pour moi, un mélange de rires, de tristesse, d'illusions, de désillusions. Il n'aura eu, sur moi, aucun effet dévastateur. Il a de plaisant sa légèreté, son manque de sérieux, son cynisme, son réalisme. ça reste bien, comme dit Gilles Lelouch lui-même, un simple (et bon) moment de cinéma.
Mini-fiche de Les Infidèles
















Commentaires
Ajouter un commentaire