Qui se souvient encore de Giulio Andreotti ? d'ailleurs toujours vivant.
Le film démarre par un utile glossaire trop rapide sur la vie politique en Italie dans les années 70.
Andreotti est alors le Chef du puissant parti " Démocratie Chrétienne- DC " qui dirige l'Italie depuis la fin de la guerre.
A ce titre, il fut sept fois nommé Président du Conseil ( Premier ministre) du gouvernement italien de 1972 à 1992.
En 1978, les Brigades Rouges assassinent Aldo Moro, prédécesseur de Andreotti et son rival au sein de la DC.
Sa carrière politique « active » (au devant de la scène) a toutefois été interrompue en 1992, après l'ouverture d'une information judiciaire pour des liens supposés avec la mafia, puis une accusation d'avoir commandité le meurtre du journaliste Mino Pecorelli en 1979.

Vu de France, les événements historiques importent moins , seul compte le portait au vitriol de celui que l'Italie a affublé de tous les surnoms : Nosferatu, le Pape noir, la Salamandre, l'Inoxydable... et sur l'exercice nécessairemnt solitaire du pouvoir.
C'est un réquisitoire à charge contre celui qui eut à diriger l'Italie pendant les "années de plomb". Sans doute un peu trop à charge car son caractère florentin a peut-être épargné à l'Italie bien d'autres tourments.

Un jeu d'acteur remarquable.
On imagine que Toni Sevello a visionné pendant de nombreuses heures des séquences du véritable Andreotti et on dirait que le réalisateur a retrouvé le tailleur de celui-ci!
Costume avec épaules étroites, légèrement vouté.
Un visage quasiment inexpressif et froid tel un poisson, dévoré par des lunettes trop grandes et souvent contracté par des migraines permanentes.
Il est avare de mots , sauf quand il se confesse mais ses mains parlent pour lui.
Et quelques leçons de cynisme politique : " les arbres ont besoin de fumier pour pousser".
Parrain vénéré et craint de son clan, il gratifie ses électeurs-clients de petites largesses qui lui assurent leur fidélité.
Quant à ses favoris, il ne leur doit rien ou tout c'est selon leur utilité.

Quelques réminiscences de Francesco Rosi et ses films politiques comme l'Affaire Mattei ( palme d'or à Cannes en 1972) et Cadavres Exquis ( 1976).
Andreotti a assisté à la projection du film qu'il n'a pas vraiment apprécié et il commente ainsi:

"Mon pouvoir consistait en un certain ascendant, en un certain type de rapports internationaux. Mais je n'ai jamais eu le désir de m'enrichir." Et le cynisme ? "Le cynisme n'est pas dans mon caractère, je ne m'émeus pas facilement, ça c'est vrai. Mais je ne suis pas insensible. Et j'ai dû endurer bien des choses parce que ça en incommodait plus d'un que la Providence ne se soit pas arrangé pour me faire débarrasser le plancher plus tôt."