ça y est, le héros de papier, né sous les plumes jumelées de Jean Van Hamme et de Philippe Francq, a été projeté sur nos écrans, grâce à la caméra de Jérôme Salle et à l'imagination de Julien Rappeneau.
Largo Winch, le petit orphelin, héritier de l'empire collossal de son père adoptif s'anime désormais sous les traits de l'improbable Tomer Sisley. Le contexte général est mis en place, de manière efficace. Nério Winch, à l'époque où il montait, pierre par pierre, son empire, a adopté un petit garçon dans un orphelinat en Yougoslavie. Quelques années plus tard, il se fait assassiner sur son yacht. Mais le vieux renard avait su préparer son coup en douce. Aidé, jusque dans sa tombe, par son fidèle chauffeur-bras droit-homme de confiance, interprété par l'excellent Gilbert Melki, le petit garçon devenu grand refait surface. Jeune, dynamique, dragueur, sans limite et sans attache, Largo débarque à Hong Kong, habillé d'une vieille chemise froissée blanche et d'un jean usé, et vient arpenter les couloirs de la Winch Incorporation. Bien sûr, sans même le savoir, le jeune homme a plus d'un ennemi. Mais qui veut la peau de Largo? Telle est la grande question. Celui-ci va parcourir les quatre coins du monde pendant près de 2 heures de film pour chercher, fuir, se venger, comprendre. Il court, il court. Sur son passage, des ennemis, donc, très nombreux, des femmes, et quelques rares amis.
La mise en scène est efficace, le rythme soutenu, à couper le souffle. Bref, on ne peut pas nier au film ses qualités visuelles, sa photo. Les prises de vue sont soignées, les multiples lieux du tournage bien choisis. Largo Winch c'est un grand voyage à travers le monde. On salue le souci de Jérôme Salle d'avoir voulu éviter les sentiers trop balisés. Point de New-York, de Londres, de Paris. On est à Hong Kong, en Croatie, au Brésil.
Les scènes de cascades, de sauts périlleux, de courses poursuites s'enchaînent les unes aux autres telles un beau ballet. Au centre, un Largo qui n'a peur de rien.
Le film ne ressemble pas (comme se plaisent à le répéter le réalisateur et le scénariste) à un James Bond à la française. Et c'est tant mieux. Il a plus les prétentions d'un Jason Bourne. Seulement voilà, le personnage principal n'est pas à la hauteur de Bourne...Largo Winch en héros solitaire parachuté au milieu d'un gang de requins est sans saveur. Il a beau user de ses charmes et de son côté excessivement désinvolte, il est sans relief. Son manque de complexité et de profondeur empêche (à mon sens) de s'y attacher. Largo perd père, frère, mère, une horde d'ennemis veulent le tuer. Mais RIEN ne semble le toucher. Mais de quoi est-il donc fait? Bruce Wayne (je veux parler du nouveau Batman, celui habité par Christian Bale), dans le genre héros humain monolytique a bien plus de saveur. On ressent bien, derrière son côté désinvolte et prétentieux, ses blessures, son âme. Jason Bourne, quant à lui, même s'il présente le même côté homme-machine, est fascinant. Son intelligence n'a pas d'égal...Largo n'a aucun de ses atouts. Il a pour lui un beau sourire et...c'est tout. Si seulement un scénario léché avait pu sauver un personnage principal si futile...mais de l'association sympathique de Jérôme Salle et de Julien Rappeneau n'est ressortie qu'une vague histoire convenue et sans surprise. Les autres personnages que Largo croise tout au long de son périple sont tous aussi plats que lui. La jolie Mélanie Thierry remplit son office de potiche. Quant à Christine Scott Thomas en machiavélique femme d'affaires est peu convaincante. Deux personnages pourtant parviennent à susciter l'intérêt: Nério, le père, avec ses apparitions d'outre-tombe sous forme de flash-back et son fidèle chauffeur (interprété par Gilbert Melki) sont les deux seuls personnages énigmatiques, complexes voire ambigus. Eux seuls donnent un peu de consistance à ce scénario plat.
Largo Winch n'est pas un mauvais film. C'est un film de genre. Exclusivement. Il plaira donc à certains. Et, dans le genre, je vous l'ai dit, presque tout y est. Pour les autres, il n'y a plus qu'à attendre la suite des aventures de Jason Bourne...